Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Les Bretons, la mer, l'aventure

Publié le 22 Octobre 2014 par ECLF dans actualité

Les Bretons, la mer, l'aventure

Bretons consacre son hors série à cette question : pourquoi les Bretons figurent parmi les premiers marins du monde ?

Pour ma part, j'y est rédigé une bonne partie des articles historiques, dont un consacré à cette angoissante interrogation : et si les Bretons avaient découvert l'Amérique ? Ce qui n'est pas impossible (

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Bretagne magazine Préhistoire

Publié le 18 Octobre 2014 par ECLF dans actualité

Bretagne magazine Préhistoire

Bretagne magazine histoire vient de paraître avec un gros dossier sur la Préhistoire que j'ai rédigé avec l'ami Yann Rivallain. Je vous emmène notamment sur le site de Mez Notariou à Ouessant et lui sur l'île de Gavriinnis....
Très bel article également sur les Brest de Pierre Péron, en attendant le beau livre qui doit sortir dans les jours qui viennent chez Coop Breizh.
Articles très intéressants également de Fanch Postic, Daniel GIraudon ou Roger Faligot !
Un très beau numéro : informatif et accessible avec une iconographie très informative...
Bonne lecture

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Haut Moyen Âge : des Bretons pas très Francs ?

Publié le 9 Octobre 2014 par ECLF dans Histoire de Bretagne

À la fin de l’Antiquité, lorsque l’Europe entre dans des âges sombres sur lesquels les sources restent rares, l’histoire de l’ouest de la péninsule armoricaine est marquée par l’arrivée de Bretons insulaires qui vont développer des structures originales, apporter leur langue et, au bout du compte, fonder un nouveau pays : la Bretagne.

Comme partout, la question des origines de la Bretagne demeure relativement confuse. Le peu de sources anciennes comme les enjeux idéologiques contemporains n’ont guère aidé à une compréhension sereine des bouleversements qu’a connu la péninsule armoricaine au début du Moyen Âge.

Une certaine historiographie bretonne a mis l’accent sur l’arrivée de populations bretonnes insulaires à partir du ive siècle de notre ère qui auraient receltisé cette partie de la Gaule et résisté aux barbares germains vainqueurs des Romains. Une histoire difficilement conciliable avec le récit national français tentant d’atténuer les spécificités historiques des « provinces » françaises et voyant d’un mauvais œil les origines différentes des Bretons par rapport aux Français. Comme souvent, la réalité historique mérite d’être nuancée… Si des spécificités existent, la Bretagne des origines s’est aussi insérée dans l’histoire du continent européen, se nourrissant d’influences diverses.

Des militaires bretons

Dans les années 270-280, l’ouest de l’empire romain connaît une période de troubles, marquées par des révoltes antifiscales et les raids de pirates germains sur la Manche. De nombreuses villas rurales sont incendiées, les villes se rétractent et s’entourent de murailles. C’est dans ce contexte qu’au IVe siècle, des militaires d’origine bretonne insulaire auraient été envoyés sur le littoral gaulois pour lutter contre les pirates.

L’empereur Constantin aurait lui-même fait appel à des troupes bretonnes pour défendre le continent. Plusieurs décennies plus tard, saint Gildas écrit que du fait du départ des guerriers, la Bretagne se serait retrouvée sans défense face aux Germains et aux Scots d’Irlande.

À la fin de l’Antiquité et au début du Moyen Âge, des communautés de Bretons s’installent durablement sur le Continent, à l’embouchure du Rhin, de la Seine, dans le Calvados et, surtout, à l’ouest de la péninsule armoricaine à laquelle ils vont donner leur nom. Le volume comme les causes de cette émigration nous restent méconnues (surpeuplement de certaines régions insulaires, guerres, invasions…).

Nos ancêtres les Gallois

Mais cette arrivée des Bretons insulaires est bien réelle. Elle a pour premier effet l’acclimatation d’une langue celtique d’origine insulaire, le breton, toujours parlée aujourd’hui. Contrairement à certaines idées reçues, le breton n’est pas issu du gaulois, mais vient du britonique dont descend également le gallois, qui reste en très proche.

Les Bretons donnent également leur nom à l’ouest de l’ancienne Armorique gauloise puis romaine. Pour les Gallois, ils habitent toujours « Lledaw », la Létavie qu’on pourrait traduire par le « pays des collines ». Les liens entre petite et grande Bretagne vont rester forts tout au long du Moyen Âge, notamment à travers les grands mythes arthuriens qui passionnent l’Europe à partir du xiie siècle.

Un christianisme monastique

L’une des originalités de la Bretagne durant le haut Moyen Âge réside dans le développement d’un christianisme dit « celtique » en raison des influences irlandaises et britanniques. Il se distingue par des pratiques originales comme la célébration de la fête de Pâques décalée par rapport à Rome, une tonsure spéciale et, surtout, la prédominance du monachisme. À l’époque, les grands monastères irlandais deviennent d’importants foyers intellectuels, à l’instar des abbayes bretonnes de Landévennec puis de Redon.

La création des évêchés bretons reste mystérieuse. Elle est attribuée à sept saints fondateurs, venus d’outre-Manche. En la matière, les différences entre l’est et l’ouest de la péninsule sont certaines. Alors qu’à Rennes, Nantes et Vannes, recruté dans l’aristocratie gallo-romaine, les évêques contrôlent le clergé séculier et régulier sur un territoire donné, à l’ouest, on ne connaît que très peu de noms d’évêques et encore moins leurs lieux de résidence. On peut imaginer, comme en Irlande, l’existence d’évêques-abbés rendant régulièrement visite à leur clergé installés dans les « Plou », « Lann » et « Tré » qui structurent le territoire breton.

Des guerres et des liens

Les textes médiévaux relatent les heurts entre Francs et Bretons, notamment dans les années 630. Le nord de la Bretagne, la Domnomée est alors gouvernée par Judicaël et les chroniques franques mentionnent que les Bretons ne cessent d’agresser les frontières des Francs. Finalement, Judicaël qui finira en odeur de sainteté, visite le roi Dagobert, conclue la paix tout en étant horrifié de la licence régnant à la cour franque. Il se lie d’amitié avec le pieux saint Eloi. D’autres récits et chansons évoquent les razzias des Bretons dans le pays de Nantes, particulièrement celle du roi Waroc dans les vignes du Nantais.

Près de deux siècles plus tard, le chroniqueur carolingien, Ernold Le Noir, décrit les Bretons comme des sauvages que le roi franc, Louis Le Pieux, vient remettre au pas. Mais les jugements d’Ernold méritent d’être nuancés. Si le roi Morvan est tué dans l’affrontement, Louis Le Pieux se montre ensuite conciliant avec la noblesse bretonne, notamment celle du Poher qu’il rencontre vraisemblablement à Carhaix.

Pour mieux s’attirer les Bretons, il nomme l’un d’entre eux, Nevenoë, comme représentant en Bretagne. Nevenoë se montrera fidèle jusqu’à la mort de Louis et semble bien introduit à la cour carolingienne, preuve sans doute de l’interpénétration des deux cultures. Nevenoë se révoltera cependant contre Charles Le Chauve et fondera un royaume de Bretagne qui se développe entre les ixe et xe siècles.

La résidence aristocratique de Bressilien à Paule

À la fin des années 2000, une vaste opération de prospection et d’inventaire des sites archéologiques a été menée dans le pays de centre ouest Bretagne, permettant de recenser plusieurs centaines de nouveaux sites. Parmi eux, et pour la première fois, des habitats du haut Moyen Âge ont été fouillés, notamment une importante résidence aristocratique à Bressilien, à Paule. Elle est située à quelles centaines de mètres de l’ancienne agglomération gauloise et elle est également proche des sources de Saint-Symphorien, le début de l’aqueduc romain de Carhaix. Occupé du VIe au IXe siècle, le site était protégé par une vaste enceinte circulaire de terre qui était surmontée d’une palissade. Plusieurs bâtiments domestiques occupaient l’espace intérieur, dont la résidence principale de plus de cent mètres carrés au sol. Elle était bâtie en pierre et les archéologues ont retrouvé des morceaux de verre provenant des fenêtres, ce qui donne une indication du statut des occupants, sans aucun doute l’une des grandes familles du Poher. À quelques dizaines de mètres, une chapelle maçonnée du haut Moyen Âge a également été découverte. Les objets mis au jour par les archéologues témoignent des influences diverses subies par la région. Ils ont ainsi découvert une monnaie franque frappée à Melle (Deux-Sèvres) et un élément de décors, provenant sans doute de la reliure d’un livre, qui évoque plutôt les pays celtiques d’outre-Manche (Irlande et pays de Galles). Plus étonnant encore, un fragment de vase en verre indiquerait une origine suédoise. La fouille de ce site mais également de plusieurs autres de la même époque montre des structures d’habitats assez différents de l’est de la Bretagne sous influence franque. Plusieurs forteresses sur la frontière entre le Vannetais et l’ouest de la péninsule ont également été retrouvées.

Pour en savoir plus :

Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne, Payot, Paris, 1980.

Bernard Merdrignac, Pierre-Roland Giot et Philippe Guigon, Les Premiers Bretons d’Armorique, Presses universitaires de Rennes, 2003

Collectif, Archéologie en centre Bretagne, Coop Breizh, Spézet, 2014.

Haut Moyen Âge : des Bretons pas très Francs ?
Haut Moyen Âge : des Bretons pas très Francs ?
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1778. la bataille de Ouessant

Publié le 16 Août 2014 par ECLF dans Histoire de Bretagne

1778. la bataille de Ouessant

En 1778, alors que la France vient d’entrer en guerre pour aider les insurgents américains, deux fortes escadres françaises et britanniques s’opposent en un violent combat. Sans dégager de net vainqueur, la bataille d’Ouessant fit prendre conscience que la Royal Navy n’était pas forcément invincible.

Après l’envoi de volontaires et une aide indirecte conséquente, notamment en ouvrant ses ports aux corsaires américains, la France a très tôt apporté son soutien aux insurgés des États-Unis, en guerre contre la Grande Bretagne depuis 1775. La cour de Versailles y voyait un bon moyen d’affaiblir la Grande-Bretagne, après les désastres subis lors de la guerre de Sept Ans et la perte des colonies canadiennes.

Une guerre navale

Le 6 février 1778, Louis XVI signe avec Benjamin Franklin un traité d’amitié avec les États-Unis d’Amérique. La France et la Grande-Bretagne entrent en guerre. Celle-ci va être d’abord maritime et elle est rendue possible par le renforcement de la flotte française depuis l’accession au trône de Louis XVI. Dans l’histoire de France, il est sans doute le souverain le plus préoccupé par les affaires maritimes. Il a ainsi favorisé la construction navale, les expéditions (comme celle de Bougainville) ou le renforcement des ports (construction d’une digue de quatre kilomètres à Cherbourg).

Très rapidement, Français et Britanniques vont s’affronter dans la Manche. Le premier combat d’importance a lieu à cent milles marins, au large d’Ouessant, le 27 juillet 1778. Un affrontement à la fois redouté et espéré par l’opinion publique française qu’animait un certain sentiment de revanche sur la supériorité supposée de la Royal Navy.

La flotte française est commandée par le lieutenant Louis Gillouet d’Orvilliers, la britannique par le vice-amiral Augustus Keppel. Elles comprennent chacune une trentaine de vaisseaux de ligne, dont des vaisseaux de 64 et 74 canons. Manœuvrés par plusieurs centaines d’hommes, ces navires figurent parmi les engins les plus complexes mis au point par l’homme. Ce sont de véritables forteresses flottantes.

Le Bretagne, vaisseau amiral

Les flottes sont divisées en trois escadres (avant-garde, corps de bataille et arrière-garde), chacun arborant une couleur spécifique. Le chef d’escadre est situé au centre de la ligne et les ordres aux autres vaisseaux sont transmis par des pavillons, grâce notamment à des navires plus légers sur le côté. Le Bretagne est le navire amiral de Louis Gillouet d’Orvilliers. Offert par les États de Bretagne et mis en service en 1762, il comprend trois ponts et une centaine de canons. Pour l’anecdote, il participera également à la troisième bataille navale d’Ouessant en 1794.

Les deux flottes sont en vue dès le 23 juillet et manœuvrent jusqu’au 27 juillet, où elles se mettent ordre de bataille. Les Britanniques font alors voile à l’ouest, les navires français vont au nord-ouest. D’Orvilliers ordonne à ces unités de se mettre en ligne. À 11 heures, l’affrontement débute et l’artillerie entre en action. À cause de la gîte, les Français ne peuvent utiliser leurs plus gros canons, mais les artilleurs provoquent de gros dégâts dans les mâtures anglaises.

Le retard du duc de Chartes

Après plus d’une heure de combat, d’Orvilliers constate que son avant-garde, commandée par le duc de Chartes peut s’engouffrer entre deux escadres britanniques. Il ordonne au duc de Chartes de changer de cap et d’isoler l’arrière-garde ennemie. Mais ce dernier tarde à réagir. Dans l’autre camp, Keppel a également des problèmes avec une escadre dont le navire principal, le Formidable, est très endommagé.

Dans la nuit, les Britanniques quittent les lieux. Plus tard, Keppel affirmera que c’était les Français qui avaient refusé le combat. Le 28 juillet, la flotte française regagne Brest. 163 marins français ont été tués, plus de 400 chez les Britanniques. De part et d’autre, de nombreux vaisseaux sont endommagés. Dans chaque camp, on crie victoire. Mais un peu plus chez les Français qui estiment avoir mis à mal l’invincibilité de la Royal Navy, maîtresse des mers depuis la fin de la guerre de Sept Ans, en 1763. Keppel sera d’ailleurs envoyé devant un tribunal, mais il sera disculpé. Une polémique éclate cependant concernant l’attitude du duc de Chartes, dont il semblerait que ce soient les officiers qui aient préféré ne pas intervenir pour protéger ce prince de sang. Quoi qu’il en soit, il ne recevra plus aucun commandement et en gardera une haine profonde pour Louis XVI. Il votera d’ailleurs la mort du roi en 1793.

En définitive très indécise, la bataille d’Ouessant est la première d’une longue série d’affrontements navals dans l’Atlantique qui devaient porter des coups très rudes à la suprématie britannique sur les mers. Les victoires de la Marine française et l’audace des corsaires américains ont considérablement pesé sur le cours du conflit. Ce dernier s’achève en 1783 avec la victoire de la révolution américaine qui, en retour, allait profondément marquer l’histoire de l’Europe.

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Conférence sur Bretagne et Irlande à Lorient

Publié le 6 Août 2014 par ECLF dans actualité

Conférence sur Bretagne et Irlande à Lorient

Dans le cadre des conférences de l'université populaire de Bretagne, au Festival interceltique de Lorient, j'interviendrai sur la riche histoire des relations entre la Bretagne et l'Irlande.

Cela se passera ce jeudi, à 17 h à la chambre de commerce de Lorient.

Plus d'infos sur le site d'Emglev Bro an Oriant : http://emglevbroanoriant.org/

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A Lorient, causerie sur le Modèle politique breton

Publié le 5 Août 2014 par ECLF

Mardi 5 juillet, j'interviens, avec Valérie Le Nigen, à l'Espace paroles du Festival interceltique à propos de notre livre, Un modèle politique breton ?

On commence à 17 h 15, mais on sera un peu avant au stand Coop Breizh ! Et un peu après aussi.

A Lorient, causerie sur le Modèle politique breton
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1940-1944. Les voix bretonnes de Radio Londres

Publié le 27 Juillet 2014 par ECLF dans Histoire de Bretagne

1940-1944. Les voix bretonnes de Radio Londres

L’information a joué un rôle essentiel durant la Sseconde Guerre mondiale, avec l’utilisation de moyens massifs de propagande ou de contre-propagande et le recours aux nouveaux médias de l’époque : le cinéma et la radio. Plusieurs Bretons ont participé à cette guerre médiatique sur les ondes de la BBC, à travers les émissions de Radio Londres.

Commençant par le fameux « Pom, pom, pom, pom », le générique des émissions « Les Français parlent aux Français » fait partie des éléments les plus familiers de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Il est vrai que la radio a joué un rôle majeur dans le conflit et c’est d’ailleurs ce média qu’utilise le général de Gaulle pour diffuser son fameux appel du 18 juin 1940 et avec lequel les Français libres vont quotidiennement communiquer.

Une guerre des ondes

Inventée au siècle précédent, la radio ne prend son essor que dans les années 1920, avec la création des premières émissions régulières, puis le lancement de chaînes, très souvent sous contrôle des États. Les régimes totalitaires des années 1930 comprennent rapidement l’intérêt de ce média qui permet de faire passer massivement des messages de propagande.

Après la défaite, Radio Vichy et Radio Paris sont mises au service de la collaboration, à grands renforts de démagogie et d’antisémitisme. Pour les contrer, sur les ondes de la BBC à Londres, plusieurs émissions sont mises en place par les Français libres, animées par de jeunes journalistes qui innovent par leur ton novateur (sketchs, messages personnels, chansons, blagues…). C’est ainsi Pierre Dac qui lance le slogan : « Radio Paris ment, Radio Paris est Allemand ».

Rapidement, Radio Londres va également contribuer à faire passer des messages codés pour la Résistance. Sur le continent, les Allemands tentent de brouiller la radio, sans succès. Partout, on « bricole » des postes à galène pour pouvoir capter la voix de la France libre et des Alliés qui rendent compte, à partir de 1942-1943, des revers des forces de l’Axe.

Jean Marin, le Douarneniste

Parmi les grandes voix de Radio Londres, on retrouve deux Bretons : le Douarneniste Jean Marin et le Trégorrois Charles-Marie Guillois. Né en 1904 dans la cité penn-sardin, Yves Morvan, plus connu sous son pseudonyme de Jean Marin, a passé quelques années dans la Marine, avant de devenir correspondant de presse à Londres en 1935.

Mobilisé sur place et versé dans la mission d’information franco-britannique, il est détaché au service français de la BBC. Il est présent lors de l’enregistrement de l’appel du 18 juin et, impressionné par sa personnalité, décide de se rallier à de Gaulle. Dès le 19 juin 1940, il anime une émission afin de « porter dans les demeures françaises les paroles de vérité ».

En 1944, il est présent dans la 2e division blindée du général Leclerc qui libère Paris, avant d’être chargé par de Gaulle du redémarrage de Radio Rennes. Il s’investit également dans la presse régionale. Après la guerre, Jean Marin devient directeur de l’Agence France presse, puis son président en 1957, après avoir contribué au statut d’autonomie de l’AFP, garant d’un journalisme indépendant.

Guillois, le bretonnant de la BBC

Originaire de Penvenan, Charles-Marie Guillois rejoint l’Angleterre depuis Brest, le 16 juin 1940, à bord des navires de la Marine qui tentent d’échapper à l’avance allemande en Bretagne. Il a d’ailleurs manqué de mourir sur le Vauquois, coulé par une mine dérivante. À Londres, Jean Marin le remarque alors qu’il est en train de discuter en breton avec un groupe d’engagés des FFL. Jean Marin l’embauche avec lui pour les émissions en langue bretonne et en profite pour rassurer sa famille restée au pays. « Me zo Koko deus Porzh Gwenn », lance-t-il sur les ondes de la BBC, notamment pour sa mère qui le croyait mort sur le Vauquois.

Pendant plusieurs mois, Charles-Marie Guillois anime des émissions en langue bretonne pour inviter les hommes valides à continuer le combat et à rejoindre l’Angleterre. L’emploi du breton a une indéniable efficacité psychologique pour convaincre de nombreux marins de traverser la Manche. Les Bretons formeront ainsi près de 40 % des effectifs des Forces navales françaises libres. Sans compter les maquis qui se développent dans la péninsule à partir de 1943.

Après la guerre, Charles-Marie Guillois rappellera au général de Gaulle et aux autorités de la République que la langue bretonne qui avait été aussi mobilisée dans le combat contre les nazis méritait des mesures de protection. Il rédige une lettre au président de la République. Mais son message, cette fois, ne sera pas entendu.

Pour en savoir plus :

Aurélie Luneau, Radio Londres - 1940-1944 - Les voix de la liberté, éditions Librairie Académique Perrin, 2005.

Jean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne, Yoran Embanner, 2008.

Collectif, Toute l’Histoire de Bretagne, Skol Vreizh, 2012.

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Anita Conti, aux origines de l’océanographie

Publié le 4 Juillet 2014 par ECLF dans Histoire de Bretagne

Anita Conti, aux origines de l’océanographie

Née en 1899, Anita Conti a été une grande voyageuse et la première femme océanographe française. En étudiant la pêche et en suivant les marins, elle a contribué à la prise de conscience écologique sur la fragilité des océans. Elle laisse également des milliers de photographies conservées aujourd’hui en Bretagne.

Rien ne prédisposait Anita Anita Caracotchian, née en mai 1899 en région parisienne dans une famille d’origine arménienne, à devenir l’une des figures presque mythiques du monde maritime français et l’une des grandes photographes du XXe siècle. Née dans une famille aisée, Anita Caracotchian voyage beaucoup en Europe avec ses parents pendant la Belle Epoque avant que les affres du siècle ne viennent les rattraper.

Premières expériences maritimes

En 1914, la famille Caracotchian s’est déjà installée à l’île d’Oléron, près de l’océan atlantique que la jeune Anita connaît bien puisque dès son plus jeune âge, ses parents l’ont amenée régulièrement en Bretagne et en Vendée. Elle passe notamment plusieurs séjours à Perros-Guirec. Les paysages maritimes, les phénomènes des marées la marquent profondément. « Les îles de granit ressemblaient à un grand animal liquide », écrit-elle plus tard en se remémorant ses souvenirs d’enfance dans le Trégor.

Elle se lie d’amitiés avec les enfants de pêcheurs et embarque régulièrement sur des navires où, comme ses camarades, elle participe à différentes tâches. Elle s’initie à la navigation sur cet océan dont elle estimait qu’il lui avait toujours été « aussi familier que la terre ferme ». A l’âge de huit ans, elle fait également la première rencontre avec l’océanographie grâce à une biologiste du Muséum d’histoire naturelle qui prélève des échantillons sur les grèves bretonnes.

Avec les pêcheurs

Après la guerre, elle devient relieuse de livres et épouse le diplomate Marcel Conti en 1927. Mais l’appel de la mer est toujours là. Anita Conti dévore les ouvrages maritimes et embarque régulièrement sur des navires de pêche. Pour satisfaire à sa passion, elle se lance dans le journalisme. Elle publie régulièrement des articles sur le monde maritime. Elle passe énormément de temps sur les navires de pêche, participe à des campagnes de pêche sur des morutiers ou des harenguiers, notamment dans le golfe de Gascogne et à Terre-Neuve.

Anita Conti observe, prend des notes et photographie ces travailleurs de la mer aux rudes conditions de travail. Ses articles la font remarquer par le monde scientifique. En 1935, l’Office scientifique et technique des pêches maritimes, l’ancêtre d’Ifremer, lui propose d’intégrer son organisme de recherche pour vulgariser ses travaux. Anita Conti devient la première femme océanographe.

Prise de conscience écologique

En 1939, elle participe à une nouvelle campagne en arctique à bord du chalutier le Viking. Elle prend conscience des risques de la surexploitation des océans. Elle est l’une des pionnières de la prise de conscience écologique sur la fragilité des océans, dont elle n’aura de cesse d’informer le grand public.

En 1941, elle embarque sur un chalutier malouin, réfugié en zone libre, pour une longue campagne au large des côtes africaines. Elle est chargée par le gouvernement de dresser les cartes des fonds de pêche au large de la Mauritanie et du Sénégal. Le navire ramène près de trois cents tonnes de poissons destinés à nourrir les populations françaises. Pendant de nombreuses années, Anita Conti va observer les pêcheurs le long des rivages sahariens, décrivant les techniques locales de pêche et découvrant de nouvelles espèces. Anita Conti se passionne pour l’Afrique et contribue à y développer l’industrie de la pêche à travers des conserveries et des fumeries. Elle participe même à une expérience de pêcherie de requins. Elle fonde sa propre entreprise au Sénégal, convaincue que la mer peut nourrir une partie du continent africain.

En 1952, elle est de retour à Paris et continue à faire connaître le monde de la mer. En décembre 1960, elle réussit ainsi à convaincre l’équipage d’un navire lorientais de ne pas rejeter à la mer des poissons sabres, considérés comme invendables. Anita Conti était en effet révulsée par le gaspillage des ressources. Grâce à une campagne médiatique efficace, les 500 kg de poissons sabres se vendent très cher. Anita Conti est considérée comme l’une des pionnières de la pêche durable. Elle s’investit d’ailleurs dans le développement de la l’aquaculture.

Anita Conti passe régulièrement en Bretagne, évoque la mer lors de nombreuses conférences. Elle embarque jusqu’à plus de 85 ans avant de s’installer à Douarnenez. Après son décès en 1997, elle laisse un impressionnant fonds photographique de près de 45 000 clichés, désormais numérisé et mis en valeur lors d’expositions.

Pour en savoir plus

Anita Conti, Racleurs d’Océans, Paris, Payot 1998.

Anita Conti, L'Océan, les Bêtes et l'Homme ou l'ivresse du risque, Paris, Payot, 1971

Catherine Reverzy, Anita Conti : 20000 lieues sur les mers, Paris, Odile Jacob, 2006.

Clothide Leton, « Anita Conti, pionnière des océans », Bretagne magazine histoire, mai 2014.

Site internet de l’association « Cap sur Anita Conti ».

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Le Petit Echo de la mode à Châtelaudren

Publié le 23 Juin 2014 par ECLF

Le Petit Echo de la mode à Châtelaudren

Pendant plusieurs décennies, Châtealudren, petite cité de caractère située près de Guingamp, a accueilli l’imprimerie du Petit écho de la mode, l’un des grands titres de la presse féminine française, disparu dans les années 1980. Depuis, les bâtiments sont au cœur d’un projet culturel innovant

Si la grande Histoire évoque volontiers les grands bouleversements politiques et sociaux du xixe siècle, la période fut aussi marquée, pour la majorité des gens, par une foule de petits changements qui, au final, ont produit une véritable révolution des modes de vie. C’est particulièrement le cas pour l’habillement et le textile. Jusqu’à la Révolution, il évolue peu dans une Bretagne qui tire une grande partie de sa richesse de l’exportation de toiles de lin et de chanvre.

Puis, les pratiques évoluent rapidement. Dans les campagnes naissent de nouvelles modes locales, les giz qui aboutiront aux somptueux costumes bretons du xxe siècle. En parallèle, avec la révolution industrielle, de nouvelles étoffes et de nouveaux accessoires vont devenir accessibles au tout venant.

Naissance de la presse féminine

Né en 1832, à Lannion, Charles Huon de Penanster est issu d’une vieille famille de la noblesse bretonne et ne cache pas ses idées monarchistes lorsqu’il se fait élire député des Côtes-du-Nord en 1871, puis sénateur en 1886. A l’automne 1879, il se voit proposer de racheter une petite affaire de presse, alors déficitaire, après avoir lancé un mensuel, La Mode française en 1874 puis, quelques temps auparavant, Le Petit journal de la mode.

De Penanster accepte et, sur le conseil de son épouse, le transforme en Petit Echo de la mode dans un but d’altruisme et d’éducation populaire. Claire de Penanster demeurera l’âme de la rédaction jusqu’aux années 1920. Dans une France encore marquée par la défaite de 1870, il s’agit d’éditer un titre familial pour guider les maîtresses de maison dans leurs taches quotidiennes. La formule est gagnante et le succès au rendez-vous. Dès 1881, le Petit Echo tire à 19000 exemplaires. Son tirage culminera, bien plus tard, à un million d’exemplaires.

Démocratisation textile

La mode, « cet art d’être différents, tous en même temps », est en pleine ébullition à la fin du xixe siècle et le Petit Echo va accompagner, à sa façon, le phénomène. De nouvelles maisons se spécialisent, comme Jeanne Lanvin avec les chapeaux ou les sœurs Callot pour la lingerie. Les grands magasins et la vente par correspondance se développent. Le journal va constituer un véritable catalogue hebdomadaire de ce qui est proposé à l’époque, le tout dans un contexte de démocratisation des créations. On y trouve tout le nécessaire pour la couture et la confection de toilettes, afin de pouvoir se confectionner à domicile des vêtements copiés sur ceux de la haute société.

Le Petit écho de la mode surfe sur l’air du temps. Il est l’un des premiers à proposer des leçons de couture dès 1886. En 1893, les rédacteurs ont une idée géniale qui va faire grimper les ventes à plus de 200 000 exemplaires : encarter un patron-modèle chaque semaine. Un service de patrons-découpés est mis en place, ces derniers pouvant être envoyés n’importe où dans les 48 heures.

On y trouve également une foultitude de conseils divers en matière de mariage, de droit, de littérature et bien entendu d’éducation. C’est d’ailleurs la particularité du Petit écho que de dépasser très rapidement la seule question de la couture. On y lit ainsi des extraits de chansons ou de romans. Etonnament moderne dans les années 1890, le journal mène de véritables enquêtes auprès des lectrices, comme sur la question du droit de vote pour les femmes.

Le Petit écho de Chatelaudren

L’essor du journal et de la maison d’édition poussent les propriétaires à investir. En aout 1901, ils acquièrent près de 4000 m2 à Paris. A la veille de la Première Guerre mondiale, l’entreprise emploie près de 500 personnes. Toujours contrôlée par des Bretons, elle lance plusieurs nouveaux titres comme Lisette ou Rustica, qui demeure aujourd’hui encore la référence en matière de jardinage familial. Un permis de construire étant refusé dans la région parisienne, il faut trouver une alternative pour l’impression. Charles-Albert de Penanster, fils du fondateur, a alors l’idée de racheter une papeterie de Châtelaudren, fonctionnant à l’energie hydraulique, pour la transformer en imprimerie et en usine pour les patrons. En dépit du décès précoce de Charles-Albert, et la reprise du titre par l’un de ses fils, le Petit Echo se décentralise en Bretagne.

L’Echo continue son essor à partir de l’imprimerie de Châteldaudren et, en 1955, supprime le terme « petit » de son titre. Il constitue alors l’un des plus importants tirages de la presse française. L’entreprise des « éditions Montsouris » sont introduites à la bourse de Paris en 1963. A Châtelaudren, elle emploie près de 150 personnes, plus des dizaines d’intérimaires. L’usine fabrique des patrons de couture et exécute les travaux d’impression en typographie pour le siège parisien ou pour d’autres éditeurs.

Néanmoins, à la fin des années 1960, de nouvelles difficultés se font jour. Les héritiers vendent leur part ; titres et imprimeries passent dans des groupes différents. En mai 1984, L’Echo de la mode disparaît et l’imprimerie de Châtelaudren va fermer. Au terme d’un siècle d’existence, le titre aura accompagné les évolutions de la mode, mais également d’une industrie, le textile dont le déclin en Europe et en Bretagne, s’est accéléré en tant que production de masse au début du XXIe siècle.

Un projet culturel ambitieux

L’activité de l’imprimerie du Petit Echo s’est arrêté, à Châtelaudren en 1984, provoquant un réel traumatisme dans une population attachée à cette entreprise et au patrimoine industriel original qu’il représente. Le site occupe en effet 4500 m2, à l’emplacement de l’ancien château médiéval construit au XIIe siècle, au bord d’un étang. Une belle mosaïque Odorico fait office d’enseigne sur le mur du bâtiment principal, recouvert par une superbe verrière de 600 m2 des années 1920. A la fin des années 1990, les collectivités et les acteurs culturels ont décidé de réinvestir un site, construit en bord de plan d’eau, ce qui implique de nombreuses contraintes. Il aura finalement fallu une quinzaine d’années pour qu’un projet novateur, associant écologie et culture aboutisse. Deux turbines et plusieurs dizaines de mètres carrés de panneaux photovoltaïques ont été installés et produiront de l’énergie pour le site et les alentours. Le bâtiment accueillera un office de tourisme, une école de musique, des cours d’arts plastiques, mais également un centre de ressources sur la mode et le Petit Echo. Enfin, régulièrement, des expositions seront mises en place pour rendre aux habitants de ce coin de Goëlo, le souvenir d’une belle aventure industrielle et le lier à l’avenir du textile en Bretagne.

Renseignements : http://www.petit-echo-de-la-mode.fr

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En dédicace samedi au salon du livre de Vannes

Publié le 20 Juin 2014 par ECLF

En dédicace samedi au salon du livre de Vannes

Je serais demain en dédicace au sympathique salon du livre de Vannes aux côtés de Nono pour dédicacer notre ouvrage commun avec Valérie Le Nigen (France Bleu Breizh Izel) et Christian Gouerou (Ouest-France) au pied des remparts... Un livre qui, finalement, n'a pas été si dépassé par les évènements des derniers mois.

Avant les nouveautés d'automne...

Ken a c'hentan tro

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