Histoire contemporaine

Mercredi 26 mai 2010 3 26 /05 /Mai /2010 09:38

 

 

Marcel_Cachin_en_1936-copie-1.jpgAu XXe siècle, la gauche et le communisme se sont implantés dans certaines zones de Bretagne, particulièrement dans les campagnes du Trégor-Goëlo et de haute Cornouaille. Un développement auquel n’était pas étranger le Paimpolais Marcel Cachin, fondateur du Parti communiste français et directeur de l’Humanité.

 

Marcel Cachin est né le 20 septembre 1869, dans le petit bourg de Plourivo, à côté de Paimpol. Son père est gendarme, sa mère est fileuse de lin et originaire du petit hameau de Pen-an-Hoat. Élève brillant, le jeune Marcel Cachin suit des études au lycée de Saint-Brieuc, puis de Rennes. Il poursuit ses études de Lettres à la faculté de Bordeaux, où il restera quinze ans comme professeur.

 

Fondateur de la SFIO

Issu d’un milieu modeste et sensible aux questions sociales, il s’engage très tôt dans le mouvement socialiste et au Parti ouvrier français, auprès de Jules Guesde et Paul Lafargue. En 1900, il rentre au conseil municipal de Bordeaux. À Amsterdam, en 1904, il se prononce pour l’unification des socialistes français, alors divisés en de nombreux groupes, ce qui sera chose faite l’année suivante, avec la création de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), dont Marcel Cachin devient le délégué à la propagande. Pendant six ans, il parcourt la France où ses talents d’orateurs et sa voix chaude et cuivrée font vibrer les foules.

Dès les années 1900, il s’engage également contre le colonialisme et entreprend en 1908 et 1911, des voyages en Algérie, dont il fait de nombreux compte-rendus, où il dénonce les excès des colons et de l’administration L’année suivante, il remplace Paul Lafargue comme rédacteur de l’Humanité. En 1914, il est élu député du XVIIIe arrondissement de Paris. En août 1914, la Première guerre mondiale débute. Marcel Cachin fait partie des socialistes qui se prononcent pour l’union sacrée et pour la défense nationale. Il s’occupe alors des questions de ravitaillement et des baux et loyers.

À cette époque, Marcel Cachin accepte également de mener des missions à l’étranger. En 1915, il est chargé d’approcher Mussolini, qui est alors socialiste. Il le persuade de mener une campagne en faveur de l’entrée en guerre des Italiens avec la France et la Grande-Bretagne. En 1917, avec deux autres députés socialistes, il est à Saint-Pétersbourg pour persuader Kerensky et le gouvernement russe provisoire de continuer la guerre. Mais l’armée russe est écrasée, ce qui précipite une nouvelle révolution, menée cette fois par les bolcheviks.

 

Directeur de l’Humanité

Après la guerre, marcel Cachin devient le 27 décembre 1918 directeur de l’Humanité. Il le restera jusqu’à sa mort. En 1920, il est en Russie où il rencontre les dirigeants communistes. Il en revient enthousiaste et entreprend de convaincre les socialistes français du bien fondé des vues soviétiques. Au congrès de Tours, le 29 décembre, la majorité des délégués choisit d’adhérer à la Troisième internationale communiste. Une faction cependant choisit de maintenir la SFIO et de rester fidèle à la social-démocratie.

Marcel Cachin est nommé au comité directeur du tout nouveau Parti communiste français (PCF). En 1924, il est élu membre du comité exécutif de l'Internationale communiste. Ce sera pour lui l'occasion de contacts nouveaux avec les représentants des partis communistes du monde entier. Pour beaucoup, Marcel Cachin qui restera toute sa vie fidèle à Joseph Staline, est considéré comme l’homme de Moscou. Il devient alors, et jusqu’à la fin de sa vie, l’une des bêtes noires des Trotskistes. Cette année-là, il est également condamné à un an de prison pour avoir appelé à ne pas participer à la guerre du Rif. Dans les années 1930, le parti communiste ne cesse de jouer un rôle croissant. Régulièrement élu député, Marcel Cachin sera l’un des artisans de la mise en place d’un front populaire avec les socialistes et les radicaux.

 

Attaché à la Bretagne

Toute sa vie, Marcel Cachin est resté très attaché à sa Bretagne natale, où il faisait de nombreux séjours. Dans les années 1920 et 1930, le PCF analyse d’une manière favorable le développement d’un mouvement autonomiste. Une attitude qui s’explique par la politique soviétique de respect des nationalités, ainsi que par l’engagement du parti communiste alsacien en faveur de l’autonomie de cette région, suite à sa réintégration à la France après 1918. En 1932, l’Humanité est ainsi l’un des rares journaux à ne pas condamner l’attentat de Rennes contre le monument de l’union de la Bretagne à la France. Par ailleurs, Marcel Cachin est l’ami de Yann Sohier, fondateur du mouvement d’instituteurs laïcs en faveur de l’enseignement du breton, que Cachin considérait comme « la langue des paysans et des socialistes bretons ».

À la fin des années 1930, Marcel Cachin prend la tête du groupe des Bretons émancipés, une organisation communiste implantée dans l’importante diaspora bretonne en banlieue parisienne. Il dirige notamment la revue War Zao (debout), où l’écrivain Abeozen écrit régulièrement des chroniques en breton. Dans le premier numéro, en juin 1937, il écrit ainsi : « Nous sommes décidés à défendre le legs émouvant des générations qui ont fait des Bretons ce qu’ils sont aujourd’hui. La langue bretonne, la culture bretonne, la tradition bretonne, l’histoire bretonne, nous voulons ici les respecter et les faire aimer. » Marcel Cachin revient également régulièrement en Bretagne pour participer à des réunions politiques et ainsi accompagner le développement du communisme dans la péninsule.

 

Emprisonné par les Allemands

En 1939, le PCF est interdit en raison du pacte germano-soviétique. Marcel Cachin se réfugie dans sa maison en Bretagne, dans son Goëlo natal, à Lancerf. Les Allemands viennent l’y arrêter en août 1941. Il est incarcéré à la prison de Saint-Brieuc, puis à celle de Rennes. Les Allemands diffusent alors un document dans lequel il désavoue les attentats contre l’occupant, ce qui provoque de vives polémiques. Marcel Cachin affirme qu’on a abusé de sa signature. Libéré, il rentre à Paimpol, puis disparaît et vit caché en région parisienne, jusqu’en 1944.

À la libération, Marcel Cachin reprend ses activités politiques et parlementaires. Il se fait régulièrement élire sous la Quatrième république. Il continue également ses activités journalistiques. Malgré son grand âge, il a en effet conservé toutes ses qualités d’orateur. En 1957, il se voit décerner l’ordre de Lénine, à 88 ans. Il meurt le 20 février 1958, à Choisy-Le-Roi, après soixante-dix ans de militantisme à l’extrême-gauche.

 

 Les campagnes rouges de Bretagne

Le sociologue Ronan Le Coadic a étudié, dans les années 1980, ce qu’il a nommé les « campagnes rouges de Bretagne », les zones ou le parti communiste s’est particulièrement développé au XXsiècle. Il a mis en évidence une « diagonale de la contestation » qui englobe le sud du Finistère, notamment certains ports du pays bigouden, le centre Bretagne et le Trégor-Goëlo. Le communisme breton est assez original dans le sens où il a pris ici une forme essentiellement rurale. Dans les années 1920 et 1930, les communistes sont ainsi devenus populaires en s’opposant, parfois de manière musclée, aux expulsions de fermiers. La guerre a marqué une nouvelle étape du développement communiste, avec les maquis de francs-tireurs partisans (FTP). Le premier maquis de Bretagne s’est ainsi constitué à Spézet, en 1943, avec des militants communistes. Après guerre, les communistes ont capitalisé politiquement leur engagement dans la Résistance et vont se constituer un bastion électoral, notamment dans le sud-ouest des Côtes d’Armor. Le PCF est ainsi resté hégémonique dans des cantons comme celui de Callac jusqu’aux années 1990, avant de connaître un irrémédiable déclin. Mais la forte implantation de la gauche dans ces régions constitue un incontestable héritage de ces campagnes rouges de Bretagne.

Pour en savoir plus :

Stéphane Courtois, Marc Lazar, Histoire du parti communiste français, Paris, presses universitaires de France, 2000.

Collectif sous la direction de Gilles Candar, Histoire des gauches en France, La Découverte, 2005.

Ronan Le Coadic, les Campagnes rouges de Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 1990. 

 

Publié dans : Histoire contemporaine - Communauté : Pour la démission de Sarkozy
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Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /Avr /2009 08:14

On connaît l’Histoire : dans les années 1920 et 1930, les fascistes en Italie puis les nazis en Allemagne arrivent  au pouvoir. Franco gagne la guerre d’Espagne. Les tensions internationales vont entraîner une guerre qui mettra le continent européen à genoux. Puis, au sortir du conflit, les dirigeants des démocraties d’Europe occidentale, qui ont pris conscience du danger à revivre une telle situation, jettent les bases de l’unification européenne. De traités en traités, le processus a abouti à l’actuelle Union européenne.


 

Un autre Breton a pesé dans les débats de l’époque : Aristide Briand (1862-1932). Un front large, une moustache broussailleuse, des cheveux souvent coiffés à la diable, la cravate fréquemment desserrée : en, apparence, l’homme ne payait guère de mine. Il est vrai qu’il cultivait volontiers un aspect « bohême », voire débraillé, en opposition aux modèles bourgeois qu’il méprisait. Cet authentique fils du peuple – et la chose n’est pas si fréquente dans les cénacles des républiques françaises si “ monarchiques ” -, aimait à rappeler ses origines modestes.

Etonnant destin que celui de ce fils de cabaretiers nantais, devenu avocat socialiste – et un temps très proche des révolutionnaires tendance libertaire -, puis homme d’Etat pragmatique avant de se muer en apôtre des relations internationale et de la paix, après la boucherie de 14-18. On lui doit également la loi de séparation de l’église et de l’Etat en 1905 et de grandes avancées contre la peine de mort, même s’il n’obtiendra pas son abolition.

Pas une ville de Bretagne qui n’ait sa rue ou sa place Aristide Briand, et pourtant qui se souvient de l’œuvre de ce Nantais, seul Breton à ce jour à avoir reçu un prix Nobel ? Sans évoquer ici toute sa carrière politique (onze fois président du conseil et vingt-cinq fois ministre), il semblait opportun de revenir ici sur, sa militance pour la constitution des “ Etats-Unis d’Europe ”, dans les années 1920 et 1930.



Ecomusée de Saint-Nazaire


D’où lui vient cet engagement, cette conviction ?

Sans doute des années 1890 où, avec Jaurès dont il est alors proche, il fonde le parti socialiste français et l’Humanité. Il a été un des délégués français dans l’Internationale socialiste, dont la stérilité de certains débats l’exaspérait parfois. De son expérience d’homme d’Etat certainement, notamment pendant la Première Guerre mondiale durant laquelle il a été président du conseil entre 1915 et 1917, avant d’être éclipsé par son ennemi Clemenceau. Il a dirigé la France dans les périodes les plus sombres, comme au moment de la bataille de Verdun, pendant lesquelles des centaines de milliers d’hommes sont morts. Clemenceau l’écartera des discussions du traité de Versailles.

De son expérience de président du conseil pendant la guerre, il a développé une relation privilégiée avec les Britanniques, particulièrement le premier ministre d’origine galloise Lloyd Georges. Briand sera un des piliers de l’alliance franco-britannique dans les années 1920. Après guerre, revenu aux affaires, Aristide comprend aussi que la stabilité sur le continent ne se fera pas en humiliant l’Allemagne à tout va et que la France ne doit pas rester isolée. Pacifiste, Briand est donc un européen convaincu qui milite pour des “ Etats-Unis d’Europe ”. “ Nous avons parlé l’européen, c’est une langue nouvelle qu’il faudra que l’on apprenne ”, déclare-t-il.

En 1925, il a retrouvé le Quai d’Orsay. Alors que, faute de solutions aux problèmes économiques, la droite hurle “ L’Allemagne paiera ”, il lance un rapprochement avec la jeune république de Weimar. Il sera ainsi un des principaux négociateurs du traité de Locarno. A Luther, le chef de la délégation allemande, il déclare : “ Vous êtes un Allemand, et je suis un Français. Mais je puis être français et un bon Européen. Et vous pouvez être allemand et bon européen. Deux bons Européens doivent pouvoir s’entendre. ” En octobre, les traités signés garantissent des accords de non-agression entre les différents pays d’Europe occidentale, un pas de géant dans le dégel des relations intercontinentales. Pour son action, il reçoit le prix Nobel de la paix en 1926. Dans le prolongement de ses efforts pour la paix, en 1928, avec le sénateur américain, il est l’auteur du fameux pacte Briand-Kellog, selon lequel les Nations doivent déclarer la guerre hors la loi.

Son sacerdoce ne s’arrête pas à l’Europe. En 1924, il désigné délégué à l’assemblée générale de la jeune Société des nations et plaide pour l’instauration d’un véritable droit des relations internationales. En 1926, il déclare à la tribune de la Société, à Genève : “ Plus de guerres, plus de solutions brutales et sanglantes à nos différends ! Certes, ils n’ont pas disparu, mais désormais, c’est le juge qui dira le droit. Comme les individus, qui s’en vont régler leurs différends devant le magistrat, nous aussi, nous réglerons les nôtres par des procédures pacifiques. […] Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons : place à la conciliation, à l’arbitrage, à la paix. ” Grâce à son action, et selon son biographe Gérard Unger, “ Il réussira à créer une véritable mystique de la SDN pour quelques années. ”

Tout au long de sa carrière, Briand a conservé des liens avec sa Bretagne natale. Il sera, à de nombreuses reprises, élu député de Saint-Nazaire. Il y passe aussi de fréquents séjours, comme en 1907, au début de sa liaison avec la comédienne Berthe Cerny. Esprit libre, Aristide Briand ne s’est en effet jamais marié. Une de ses dernières aventures amoureuses le liera à Lucie Jourdan qui possédait l’île Milliau, à Trébeurden. L’homme d’Etat se rend alors régulièrement sur la côte trégoroise, de 1919 jusqu’à sa mort, en 1932. Son ancienne maîtresse fera bâtir à sa gloire le monument de granit rose qui surplombe l’actuel port. Il y est gravé “ Il voulut pour nous la paix ”. Hélas, les années 1930 et 1940 firent peu de cas de cette épitaphe.

 

 

L'île Millau, à Trebeurden

Monument à la mémoire d'Aristide Briand


La réflexion des pères de l’Europe des années 1940 et 1950 n’avait pourtant rien de spontanée. Elle était même au centre des débats politiques de l’autre Après-guerre. Si le fascisme, le nazisme et le franquisme l’ont emporté dans trois des principaux pays européens ; si l’extrême-droite a eu une influence énorme dans des démocraties comme la France et la Belgique de l’Entre-deux-guerres ; il convient de ne pas oublier que le fédéralisme, le pacifisme et l’idée européenne étaient également au cœur des débats intellectuels de la période. L’internationalisme faisait encore partie du vocabulaire de la gauche française. En Bretagne, dans les colonnes du Breiz Atao des années 1920, Morvan Duhamel, Morvan Lebesque, Goulven Mazéas et Philippe Lamour (avocat parisien qui s’engagera ensuite pour les Républicains espagnols et la Résistance française avant de créer la DATAR après la Seconde guerre mondiale) ne cessent de promouvoir l’idée d’un fédéralisme européen.
Par Erwan Chartier-Le Floch - Publié dans : Histoire contemporaine - Communauté : Bonjour de Bretagne
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